10.12.05 | 15h16

LE MONDE
 
 
Nazis : la dernière traque, par Dominique Dhombres
 
 

Simon Wiesenthal, qui avait consacré son existence à chasser les criminels nazis, est mort le 19 septembre 2005. C'est lui qui avait retrouvé la trace d'Adolf Eichmann, jugé et pendu en Israël en 1962. Le centre Simon-Wiesenthal est désormais installé à Jérusalem. Les criminels nazis survivants sont octogénaires ou nonagénaires.

Qu'importe, explique le directeur de ce centre, Efraïm Zuroff, dans le reportage diffusé vendredi 9 décembre, dans "Pièces à conviction", sur France 3. Il ne sera pas dit que les assassins nazis encore en vie auront eu une fin de parcours tranquille, d'ultimes années paisibles, avec le sentiment de ne plus risquer désormais d'être inquiétés. Il en reste donc ? Apparemment un millier, selon l'enquête menée par Mathieu Sarfati pendant un an dans cinq pays : Allemagne, Autriche, Croatie, Espagne et Roumanie. Certains ont manifestement encore bon pied bon oeil.

Efraïm Zuroff est très différent de Simon Wiesenthal. Américain d'origine, il applique des méthodes américaines : encarts publicitaires dans les journaux, lignes de téléphone ouvertes 24 heures sur 24, primes de 10 000 dollars offertes à tous ceux qui peuvent le mettre sur une piste.

Un personnage emblématique de cette traque ultime est Aribert Heim.

Médecin SS à Mauthausen, comme Josef Mengele l'était à Auschwitz, Heim s'est livré à des "expériences" comparables. Il pratiquait la vivisection sur des êtres humains, leur enlevant l'un après l'autre leurs organes, pour noter leur temps de survie. Ces protocoles médicaux ont été conservés, et existent toujours dans les archives allemandes, avec la date et l'heure de "l'intervention", et les commentaires du "praticien". Celui-ci est apparemment toujours vivant, peut-être aux Canaries.

Il y a aussi le cas Aloïs Brunner, qui faisait l'objet, vendredi soir sur France 3, d'un documentaire plus succinct. C'était lui le principal opérateur du camp de Drancy, dans le nord de Paris, d'où sont partis pour la mort beaucoup de juifs de France. Il s'est échappé, avec la complicité du Vatican, en Syrie, où il a formé un certain nombre d'agents secrets de ce pays. Les autorités syriennes ont toujours nié sa présence, alors qu'elle était abondamment attestée. Aloïs Brunner, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 2001 par la justice française, est, selon Serge Klarsfeld, vraisemblablement mort il y a quelques années déjà.

LE MONDE, 10.12.2005