Dimanche 22 janvier 2012 lessakele.over-blog.fr
Chasse aux Criminels Nazis : « L‘Opération Dernière Chance » Manfred Gerstenfeld/Efraim Zuroff

“En 2002, le Centre Simon Wiesenthal d’Israël (CSW) et la Fondation Targum Shlishi de Miami, en Floride, ont lancé « L’Opération Dernière Chance » (ODC), pour contribuer à faciliter les poursuites de criminels de guerre Nazis, essentiellement en Europe post-communiste. A la fin 2011, elle a publié les noms de plus de 600 suspects dans 32 pays. Les noms de 102 d’entre eux ont été soumis à des procureurs locaux, dont 46 en Lituanie, 14 en Lettonie et 6 en Allemagne.

“Nous établissons six graduations de la mesure du succès dans la démarche consistant à traduire des criminels de guerre Nazis en Justice : faire connaître le criminel par les médias, faire en sorte qu’une enquête officielle du gouvernement soit ouverte contre le suspect, obtenir une inculpation, un mandat d’arrêt, ou une requête d’extradition diffusée contre lui, un procès du suspect, une condamnation par le Tribunal et, pour finir, l’application de la peine infligée au suspect ».

Le Dr Efraïm Zuroff, historien de la Shoah, est Directeur du Centre Simon Wiesenthal (CSW) en Israël, et est connu très largement comme « le dernier chasseur de Nazis ». Il a passé la majeure partie de sa vie professionnelle à rechercher les criminels de guerre nazis et les preuves nécessaires pour les faire condamner, autant qu’à démarcher des gouvernements fréquemment récalcitrants, afin qu’ils entreprennent leurs poursuites. Zuroff a publié plusieurs livres, le plus récent d’entre eux, Operation Last Chance; One Man's Quest to Bring Nazi Criminals to Justice [Opération Dernière Chance : La Quête d’un Homme pour Traduire les Criminels Nazis en Justice] expose l’origine du projet et des comptes rendus détaillés de six de ses dossiers les plus importants.

Il explique que : “Les aspects pédagogiques du programme ont été conçus pour sensibiliser les gens à l’histoire de la Shoah et attirer l’attention du public sur les questions que les peuples de ces pays devraient se poser. Les retours, dans chaque pays, vont du soutien le plus total et de l’admiration à la plus inébranlable opposition. Une réaction spécifique du public, assez répandue dans l’Est de l’Europe post-communiste, consistait à attaquer l’ODC, du fait qu’elle se concentrait sur les crimes nazis et non sur les crimes communistes, et qu’elle employait ce que certains considéraient être des « méthodes soviétiques », à savoir l’utilisation d’informateurs rémunérés.

“Une grande partie de la réussite d’ODC dépend essentiellement de savoir si le gouvernement local a la volonté politique de poursuivre les auteurs de crimes liés à la Shoah et s’il existe une pression publique qui soutient le projet.

“L’ODC a été initiée dans les pays baltes, parce que nous pensions que le potentiel pour y trouver des informateurs était particulièrement élevé. Dans ces pays, cependant, il n’y avait pas de volonté politique de mener des poursuites et virtuellement aucun soutien local. Les seules personnes qui en étaient partisanes étaient des individus isolés en avance sur leur temps. Ils comprenaient que ce problème était crucial pour l’avenir de leur pays.

“La qualité des informations recueillies variait aussi d’un pays à l’autre. Presque tous ceux qui ont contacté les centres d’appel étaient des non-Juifs. En Autriche, mon estimation est que, parmi plus d’une centaine d’appels que nous avons reçus, 90 à 95% étaient à caractère antisémite ».

Zuroff fait observer que : “Chaque gouvernement présente un profil différent, dépendant de son attitude quant à l’effort demandé de poursuivre de tels criminels. En Allemagne, par exemple, l’ODC ne rencontre aucune obstruction officielle ni opposition. En Europe de l’Est, les gouvernements locaux sont rarement ravis par la perspective que nous réussissions à découvrir des criminels de guerre nazis ou des collaborateurs locaux. Le problème principal reste, cependant, l’attitude des procureurs locaux, qui reflète habituellement la manière de penser du gouvernement local. En bref : aucun gouvernement ne s’opposerait ouvertement à ce projet, mais les énergies et ressources, qu’investissent variablement les procureurs sont un baromètre bien plus précis des sentiments locaux.

“L’ODC a même été confrontée à un défi juridique fondé sur la loi sur la protection des données en Hongrie, concernant « l’exportation » à l’étranger d’information sur des citoyens hongrois. C’est resté uniquement une menace potentielle qui ne s’est jamais traduite en action judiciaire concrète, malgré des doutes initiaux sur nos chances de succès, qui correspondaient ici, à la nature des crimes commis par les criminels de guerre nazis hongrois et leurs collaborateurs. Ce cas s’oppose à ceux commis dans les pays baltes, par exemple, où le nombre de citoyens locaux qui ont activement participé au massacre de masse était anormalement élevé ».

Zuroff mentionne qu’en 2011, a démarré “l’Opération de la Dernière Chance II”. « Elle se focalise essentiellement sur les gardiens des camps de la mort et le personnel des Einsatzgruppen. On peut, désormais- à la suite de l’inculpation de Demjanjuk à Munich, en mai 2011- réussir à les poursuivre pour avoir été instrumental dans la réalisation du meurtre, même sans preuve de crime spécifique ni de victime spécifique».

Zuroff tire le bilan des réalisations de « l’Opération de la Dernière Chance » : “Elle a permis d’identifier ceux qui sont responsables de crimes terribles commis au cours de la Shoah. Au-delà de cela, elle attire une attention significative sur le rôle joué par les assistants locaux des Nazis. Leur assistance dans la mise en place de la Solution Finale a été cruciale, particulièrement en Europe de l’Est, où elle inclut la participation aux crimes de masse. Au regard des ressources très limitées investies dans le projet ODC, les résultats atteints ont été relativement significatifs ».

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