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Dans les années
1960-70, le docteur Tarek Hussein Farid exerçait son métier au Caire.
Ce musulman pieux qui fréquentait tous les jours la mosquée et ne
ratait jamais le prêche du vendredi, parlait très mal l’arabe. Tellement
mal qu’il préférait résider dans un hôtel dont le gérant était un
militaire germanophone qui lui servait d’interprète.
Cet ancien officier nassérien aimait bien les vieux nazis. Après
tout, ils s’étaient opposés au colonisateur anglais. Et ils auraient
empêché la création de l’état d’Israël s’ils avaient gagné la guerre...
D’ailleurs, cet aimable aubergiste était un ancien du "misr
al fata", le mouvement de la jeunesse égyptienne nazie. Une structure encouragée par
le grand mufti Amine Al Husseini, ami d’Adolf et des dignitaires
du reich. Un homme au parcours tortueux dont je vous ai entretenu
naguère.
Docteur Tarek né Haribert Heim
Né le 28 juin 1914 à Bad Radkersburg en Autriche, Heim adhère au parti nazi en
1936, deux ans avant l’anschluss. En 1940, docteur en médecine, il
demande à être intégré aux SS. Une requête agréée. On l’affecte au
camp de Mauthahausen où on lui attribue un boulot de chercheur passionnant
: étudier les frontières de la douleur et de la mort en effectuant
des expériences sur des prisonniers politiques et des déportés.
En les "travaillant" le
plus abominablement possible afin de les pousser dans leurs derniers
retranchements. Par exemple en les piquant directement dans le coeur,
ce qui lui vaudra le surnom de "el banderillo" chez les déportés espagnols. Plus sobres, les Allemands l’appelaient simplement "Doktor Tod" (Docteur La Mort) du fait de son autre spécialité : les éviscérations complètes,
lentes et progressives, effectuées sans anesthésie. Voir ses tripes
et mourir...
Certes Heim n’était pas un haut personnage dans la hiérarchie hitlérienne.
Mais il torturait autant pour la pseudo-science des nazis que pour
son plaisir sadique, ses notes de travail en témoignent.
Comme il n’était pas recherché à la fin de WW 2 avec autant de persévérance
que Eichmann ou Mengélé, il avait réussi en 1945 à cacher son identité
et son passé aux Américains qui l’avaient libéré au bout de 2 ans
Après quoi, il avait continué à exercer tranquillement son métier
(de médecin, pas d’assassin !) à Baden Baden jusqu’en 1962.
La traque aux anciens nazis s’étant intensifiée à la fin des années
50, se sentant menacé, il avait préféré prendre la poudre d’escampette.
Après avoir erré quelque temps en Amérique latine, il avait fini
par trouver un refuge sûr en Egypte. Le monde arabe servait volontiers
de sanctuaire aux anciens nazis. Lesquels, s’ils se convertissaient
à l’islam, pouvaient même y faire des carrières intéressantes.
Car à la détestation commune des Juifs, s’ajoutaient des souvenirs
de "frères
de combat." Après tout, il y avait bien eu 60.000 volontaires musulmans dans les waffen
SS. Cela crée des liens...
Une fin rocambolesque
Nul ne sait vraiment ce que serait devenu le docteur Tarek qui aurait
96 ans aujourd’hui s’il vit encore. Car on prétendit l’avoir identifié
au Chili en 2008.. Par contre, un romancier israélien le donnait
abattu au Canada dans les années 1980 par des chasseurs de nazis
(alors qu’il vivait déjà en Egypte depuis un bout de temps !) Et
son propre fils Rüdiger Heim prétendit que son père serait mort d’un
cancer au Caire en août 1992.
"Oncle Tarek", le bienfaiteur du quartier du vieux Caire où il résidait, aurait souhaité léguer
son corps à la science. Une dernière volonté qui ne put être exaucée,
l’islam prohibant le découpage des morts même à des fins scientifiques.
Après quelques embrouilles avec les religieux, le corps aurait finalement
été saisi par la police égyptienne, qui l’aurait balancé dans une
fosse commune.
Une version controversée donnée par le fils de Heim
et infirmée par des locataire des l’hôtel Qasr el Medina où résidait
l’ancien nazi. Et à laquelle ne crut guère Ephraïm Zuroff le directeur
de l’antenne israélienne du Centre Simon Wiesenthal, qui fit alors
passer à 1 million de dollars la prime offerte à celui qui ramènerait
Heim mort ou vif, la mort pouvant être prouvée par analyse d’ADN.
Y a-t-il une vie après Adolf ?
Aussi étonnante que puisse paraître la vie de Heim, elle fut somme toute banale.
En Egypte, il était discret et évitait d’attirer l’attention sur
lui en fréquentant d’anciens nazis... Une exception, la plupart
de ceux-ci s’étant reconvertis dans les activités policières, militaires
et bien sûr anti-juives. Trois spécialités très cotées chez les
dictateurs qui les hébergeaient.
Bien que tous ne se soient pas convertis, voici une liste (non exhaustive)
de ceux qui récitèrent la shahada afin de complaire à leurs nouveaux
maîtres :
Altern Erich, chef régional des affaires juives en Galicie (Pologne
et Ukraine actuelles)
Devenu Ali Bella dans les années 50 en Égypte, conseiller militaire
de l’armée égyptienne puis instructeur de commandos dans des camps
palestiniens.
Appler Hans, bras droit de Goebbels, directeur du service de propagande
nazie,
Devenu Salah Chaffar en Égypte, haut fonctionnaire au ministère de
l’information en 1956.
Bartel Franz, chef-adjoint de la gestapo à Kattowitz (Pologne)
Devenu Al Hussein en 1959, affecté à la section anti-juive du ministère
de l’intérieur au Caire.
Bender Bernhardt, chef de section à la gestapo de Varsovie,
Devenu Béchir Ben Salah, haut conseiller de la police politique de
Nasser au Caire.
Birgel Werner, officier SS chargé des déportations de Juifs et de
Résistants,
Devenu Amin Al Ghamin, conseiller spécial au ministère de l’information
au Caire.
Boeckler Wilhelm, officier SS, co-organisateur de la liquidation
du ghetto de Varsovie,
Devenu Moussad Abdelhaï, conseiller dès 1949 au département "action" du
bureau des affaires anti-sionistes du Caire.
Boerner Wilhelm, gradé SS, sous-officier au camp de Mauthahausen,
Devenu Ali Ben Keshir, gradé au ministère de l’Intérieur égyptien,
avant d’être instructeur du Front Populaire de Libération de la Palestine.
Brunner Aloïs, bras droit d’Eichmann, responsable des déportations
en Autriche, Tchécoslovaquie, Grèce. Chef du camp de Drancy.
Devenu Ali Mohammed à Damas, conseiller des services spéciaux syriens.
Buble Friedrich, obergruppenfùhrer SS à la section interrogatoires
de la gestapo de Berlin,
Devenu Ben Amman, dès 1952 conseiller spécial de la police égyptienne.
Daemling Joachim, chef de la gestapo de Düsseldorf,
Devenu Ibrahim Mustapha, conseiller à l’organisation du système pénitentiaire
égyptien, puis journaliste politique à Radio Le Caire.
Gleim Leopold, chef des services de renseignement à Varsovie,
Devenu lieutenant-colonel Al Nashar, cadre de la Sécurité d’État
égyptienne, puis chargé d’un centre de détenus politiques au bord
de la mer Rouge.
Gruber Hans, membre des services spéciaux allemands,
Devenu El Aradji, recruté dès 1950 comme conseiller à la direction
de la Ligue arabe à Damas.
Heiden Ludwig, journaliste à l’agence anti-juive Weltdienst,
Devenu El-Hadji, a traduit Mein Kampf en arabe et contribué à le
diffuser en Egypte et en Syrie.
Münzel Oskar, général SS de blindés
Devenu Moktar Menalhi, haut conseiller militaire au Caire dans les
années 50.
Peschnik Dieter, officier de la gestapo,
Devenu El Saïd, cadre supérieur dans la police politique de Nasser.
Seipel Adolf, sturmbannführer SS, tortionnaire à la gestapo de Paris,
Devenu Ahmed Zahir, gradé au service de sécurité militaire au Caire.
Sellmann Heinrich, chef de la Gestapo à Ulm,
Devenu Hassan Suleimann, conseiller technique au ministère de l’intérieur
au Caire, puis agent des services spéciaux égyptiens.
Thiemann Albert, officier SS en Tchécoslovaquie, responsable de divers
massacres de civils,
Devenu Amman Kader, avec un poste de direction au ministère de l’intérieur
au Caire.
Von Leers Johannes, collaborateur de Goebbels, donné pour mort en
1949,
Devenu Omar Amine, chef du département antisioniste au ministère
de l’information au Caire en 1955.
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