L'historien israélien
poursuit la traque contre l'oubli
Un seul homme continue de traquer les criminels de guerre nazis à travers
le monde. Le dernier chasseur de nazis, l'historien israélien
Efraim Zuroff, estime contribuer par son travail au devoir de mémoire,
chaque procès ayant une valeur pédagogique. Ce n'est
pas sa seule motivation. Car il se bat avant tout pour rendre justice
aux descendants des victimes de la Shoah.
Quelques années après Serge Klarsfeld, qui a consacré sa
vie à traquer les bourreaux des victimes françaises, le chasseur
de nazis le plus célèbre, Simon Wiesenthal, avait décidé en
avril 2003 d'arrêter ses recherches. «S'il reste encore quelques
criminels que je n'avais pas recherchés, maintenant ils sont trop vieux
pour comparaître devant la justice», avait conclu Wiesenthal alors âgé de
95 ans. Efraim Zuroff, directeur du centre Wiesenthal en Israël, juge
au contraire qu'une course contre la montre est engagée. «S'il
s'agit de l'homme qui a tué votre père ou votre grand-père,
son âge ne compte pas, explique-t-il au Figaro. Mais, dans ce genre de
procès, il faut des témoins. Il est de plus en plus difficile
de les retrouver. D'ici deux ou trois ans tout sera fini. Ils auront tous disparu.»
Efraim Zuroff a lancé avant-hier en Allemagne l'opération «Dernière
Chance», qui offre une récompense de 10 000 euros pour des informations
permettant de condamner un criminel de guerre nazi. L'initiative a déjà été lancée
dans huit autres pays d'Europe de l'Est et d'Europe centrale. Jusqu'à présent,
la prime a été versée une seule fois, pour un suspect
qui n'a pas encore été condamné. «L'Allemagne est
le pays au monde où se cachent encore le plus grand nombre de criminels,
assure le docteur Zuroff. Ils y sont plusieurs milliers. Car seuls les officiers
ont été poursuivis. Nous avons bon espoir d'en faire condamner
quelques-uns.»
L'âge n'est pas un obstacle, estime-t-il, en ironisant : «J'ai
remarqué aussi que les gens qui n'ont pas de conscience ont une plus
grande longévité. Mais ce n'est pas parce que les criminels sont
malins et qu'ils ont réussi à échapper à la justice
pendant plus de quarante ans qu'ils ont le droit de promener leur chien tous
les jours et d'aller à la piscine.»
Parti des Etats-Unis pour s'installer en Israël en 1970, Efraim Zuroff,
56 ans, n'est pas un descendant de victime de la Shoah. Il estime qu'en laissant
ces criminels s'échapper le monde envoie le mauvais message. Selon lui,
des pays comme la Roumanie, la Lituanie, ou la Pologne, qui ont connu des régimes
pronazis, tentent aujourd'hui d'occulter leurs responsabilités, de «réécrire
les livres d'histoire». Le docteurr Zuroff estime que le procès
du commandant du camp de Jasenovac, le Croate Dinko Sakic, condamné en
1999 à Zagreb à vingt ans de prison, a été salutaire
pour la Croatie. «Ce fut l'occasion d'exposer les consciences des Croates
aux crimes commis dans leur pays pendant l'Holocauste», dit-il.
Le chasseur de nazis espère accrocher à son tableau un autre
Croate, Milivoj Asner, 91 ans. Pourchassé par la justice croate à la
suite des informations transmises par le docteur Zuroff, celui-ci s'est échappé en
Autriche, qui refuse pour l'instant de l'extrader. «L'Autriche affirme
ne pas avoir reçu de demande d'extradition en bonne et due forme, accuse
Zuroff. La réalité, c'est que ce pays est plein d'antisémites
zélés et qu'il n'y a pas eu la moindre poursuite contre un criminel
nazi dans ce pays depuis trente ans, malgré un passé chargé.» Son
autre proie privilégiée, Charles Zentai, 83 ans, d'origine hongroise,
est accusé d'avoir tabassé à mort, en 1944, un Juif qui
ne portait pas l'étoile jaune avant de le jeter dans le Danube. Il vit
en Australie et Zuroff a bon espoir de le faire juger.
URL: http://www.lefigaro.fr/international/20050128.FIG0037.html
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